Voyager dans un pays dont on ne connaît pas la langue

Auteur : Wade Shepard (2010)

ANTIGUA, Guatemala – Je connais quelques bribes de plusieurs langues, j’en maîtrise quelques autres plutôt bien, mais je suis déjà arrivé dans un pays en réalisant que je ne pourrai ni parler ni comprendre un seul mot de ce que l’on me dirait, peu importe les différentes langues utilisées par les habitants. Et fréquentes furent les fois où personne ne comprenait ce que je tentais de bredouiller dans toutes les langues que je connaissais.

Je pense que ce peut être un véritable cauchemar pour de nombreuses personnes rêvant de voyages. J’ai l’impression que la question qui préoccupe le plus les gens au moment de se lancer dans leur premier voyage en solo est la suivante :

Comment voyager dans un pays dont on ne connaît pas la langue ?

Je me suis moi-même posé la question, lorsque je n’étais encore qu’un adolescent assoiffé de voyages : comment vais-je pouvoir survivre là où personne ne comprend ce que je dis ? Je me voyais errer d’étals en étals dans un de ces villages africains poussiéreux en disant à qui voulait l’entendre « manger, boire », portant mes mains à la bouche tel un mendiant.

À l’époque, je ne savais pas qu’il était vraiment facile de voyager là où on ne comprend pas la langue. La solution est simple :

Il suffit d’un carnet.

Wade en Jordanie

La Chine est un pays où se côtoient de nombreux dialectes, de nombreuses langues différentes. Il y a encore peu de temps, avant qu’un Mandarin standard ne soit développé dans tout le pays, le seul moyen que les chinois avaient pour communiquer avec des gens d’autres régions était un système d’écriture standardisé. Ils utilisaient des calepins.

Utiliser un carnet pour communiquer n’est souvent qu’une solution temporaire, qui n’a vraiment d’utilité qu’au début du séjour dans un pays : il n’est pas bien difficile d’apprendre les chiffres et quelques phrases simples dans n’importe quelle langue. Cependant, c’est un bon moyen pour prendre ses marques dans un nouveau pays. Ce truc ne fonctionne évidemment que si les personnes avec qui tu souhaites communiquer savent lire les toponymes et écrire les chiffres. La plupart des personnes du monde le savent, et surtout ceux qui ont des raisons d’interagir avec toi.

Ce dont tu as RÉELLEMENT besoin pour communiquer lorsque tu voyages est vraiment simple : 90% du temps, ce dont tu veux parler, ou ce que tu veux comprendre se trouve dans ton environnement immédiat. Seuls les détails resteront un peu opaques. C’est pour éclaircir ces zones d’ombres et écarter toute confusion qu’un carnet trouvera toute son utilité : il te permettra de confirmer les détails de l’accord que tu es en train d’effectuer.

Je venais d’arriver au Guatemala et je suis monté dans un bus pour partir de l’aéroport d’Antigua. D’autres étrangers étaient dans le bus avec moi, et l’un d’entre eux ne parlait pas un mot d’espagnol. Il est monté dans le bus sans comprendre combien il devait payer : il a payé le double.

Je parle espagnol plutôt bien, mais dans une situation similaire à l’anecdote précédente, j’aurais demandé la confirmation du prix avant de payer. J’aurais proposé un prix sur le carnet et nous serions arrivé à un arrangement raisonnable tant pour le chauffeur que pour moi. Si tu ne sais pas comment dire « Combien ça coûte ? » dans une langue qui peut être comprise par ton interlocuteur, frotte tes doigts les uns contre les autres (le signe international pour l’argent), prend une mimique interrogative, et fait lui comprendre que tu souhaites qu’il écrive sur ton carnet le montant que tu es censé payer (donne lui un stylo pour qu’il comprenne).

Le carnet qu’utilise Wade lorsqu’il voyage

J’ai toujours un petit carnet noir dans une de mes poches, c’est dans ce calepin que je prends les notes qui deviendront plus tard des articles. Mais ce carnet me sert aussi à négocier les prix de tout et de n’importe quoi, à demander mon chemin. C’est également là que je construit mon petit lexique des mots du quotidien dans la langue locale : par exemple « gare routière », « gare », « toilettes », « combien ça coûte ? », etc. Ainsi, je peux montrer directement les phrases écrites aux gens avec qui je souhaite communiquer.

Utiliser un carnet lorsqu’on achète quelque chose

 

Je ne devine pas les prix, je ne tends pas de l’argent en espérant qu’on me rende la monnaie. Lorsque je ne comprends pas ce que quelqu’un me dit, je confirme le prix au préalable, et ensuite je paye. J’indique ce que je souhaite acheter, je me débrouille pour faire comprendre au vendeur que je demande le prix –où lui montre la phrase recopiée dans mon carnet- et je mène la négociation à l’écrit : le vendeur écrit un nombre, j’écris ce que je suis prêt à payer, et ainsi de suite. Ainsi, tout devient plus simple et plus clair pour les deux parties : le vendeur sait combien attendre, et l’acheteur sait combien donner.

La majorité des personnes travaillant dans le secteur des transports, du commerce ou du tourisme comprennent les mots « How much is it ? », « How much ? », ou juste « Money ?? », soit en anglais, en français ou en espagnol. Et la plupart des voyageurs peuvent avoir des notions de communication dans chacune de ces trois langues. Il n’est donc pas difficile de demander combien coûte quelque chose, mais il est souvent difficile de comprendre la réponse. L’idée est la suivante : si tu arrives à faire comprendre à ton interlocuteur que tu demande un prix, il est alors facile d’avoir une réponse écrite sur du papier, et tu pourras donc négocier :

Tu barres son prix, tu écris le tiens, il barre ton prix et réécrit son offre, jusqu’à ce que vous tombiez d’accord.

C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour voyager dans un pays dont je ne connais pas la langue, pour confirmer un prix lorsque je ne suis pas certain de la réponse, ou lorsque j’ai l’impression de me faire arnaquer.

Je crois sincèrement qu’écrire le prix sur un bout de papier est vraiment une meilleure technique que de demander « combien ça coûte ? » : on risque de ne pas comprendre la réponse du vendeur, et d’en être frustré.

Je dois admettre que j’ai rarement vu des voyageurs utiliser un carnet pour négocier un prix, dans une situation où ils ne comprennent pas la langue. C’est bien plus commun de voir des touristes hurler « Combien ça coûte ?!? » encore et encore, avec le fol espoir que l’autre sache miraculeusement répondre en français,  ou bien de voir les gens tendre une certaine somme en espérant que ce soit assez.

Pour moi, la méthode du carnet pour déterminer des prix est efficace, claire et pratique. C’est un moyen d’éviter les moments de confusion lorsqu’on arrive dans une nouvelle région.

Utiliser un carnet pour demander son chemin

Je n’aime pas non plus demander mon chemin aux gens que je croise dans la rue, si je ne sais pas correctement prononcer le nom du lieu vers lequel je souhaite me rendre. Je pourrais m’adresser à cent personnes différentes, il y a de fortes chances qu’aucune ne comprenne ma prononciation désastreuse. Avant d’apprendre à prononcer les toponymes, ce qui prend en général un jour ou deux, j’écris dans mon carnet les noms d’endroits vers lesquels je souhaite me diriger. Puis, je me plante en face d’un autochtone avec l’espoir qu’il m’apprenne à prononcer correctement ces mots, ou qu’il me pointe la direction vers laquelle je devrais m’orienter.

Je tentais d’apprendre à prononcer le nom de cette ville d’Haiti et savoir combien cela coûtait de s’y rendre.

Si je suis dans une région où je ne peux pas lire l’écriture – par exemple dans les pays de langue arabe -, j’essaye de trouver quelqu’un (généralement une personne de l’hôtel où je dors) qui m’écrira dans cette écriture mystérieuse les noms des lieux et les phrases essentielles à connaître. J’écrirai ensuite en alphabet latin la traduction de ces mots, et j’aurais alors un petit lexique.

Donc, si je dois prendre un taxi pour aller à la gare, j’aurais les lieux écrits dans le carnet avant même d’entrer en négociation avec le chauffeur de taxi.

Cette méthode peut être dangereuse, puisque vous ne savez vraiment pas ce que l’autre aura écrit dans votre carnet : je choisis donc précautionneusement les personnes auxquelles je demande ce service.

Conclusion

On peut utiliser un carnet dans de nombreuses autres situations lorsqu’on voyage dans une région dont on ne comprend pas la langue, la méthodologie sera la même.

La méthode du carnet fonctionne bien, mais elle perd en pertinence au fur et à mesure du temps passé dans un pays. Ce n’est pas bien difficile d’apprendre les phrases essentielles, quelques mots et les nombres d’une langue étrangère. Il y a quelques années, j’ai appris à lire et à prononcer le Mongolien (qui s’écrit en alphabet cyrillique) en moins d’une heure. Apprendre de nouvelles langues fait partie des qualités requises et nécessaires pour tout voyageur : utiliser un carnet ne fait pas de moi un feignant, mais me permet de me débrouiller lors des premiers jours dans une nouvelle région.

Après deux ou trois jours, je me sens obligé de devoir ranger mon carnet et de commencer à apprendre les bases pertinentes de la langue du pays dans lequel je voyage. Ça ne prend pas beaucoup de temps de savoir comment dire « Combien ça coûte ? » et de comprendre la réponse, ou encore dire « Où est le bus pour ______ ? » et d’être capable de comprendre la direction indiquée.

Cela étant, pour les premiers jours dans un nouveau pays, cette méthode du carnet rend le voyage beaucoup plus facile, moins cher et moins stressant. Le carnet créé un moyen clair et sûr de passer outre les embûches qui se présentent habituellement lorsqu’on voyage quelque part où on ne partage aucune langue commune avec les locaux.

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Categories: Astuces
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Vagabond Journey édition Française

Pierre a rencontré Wade lors de son voyage en Islande. S'il est resté plus de quelques jours, c'est bien grâce à lui. Étudiant en traduction à Toulouse, il est passionné par les voyages et les récits que les gens en font. Vous pouvez retrouver son site internet à cette adresse : http://pierrelrnt.wordpress.com

Pierre Laurent a écrit 30 articles pour vous.

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