Une journée au Sri Lanka : des éléphants, des gros lézards, et la joie de quitter une zone touristique

Auteur : Lawrence Hamilton (mai 2014)

 

« Je veux ton miel,
Il sent le jasmin et a goût de soleil,
Que puis-je faire pour connaître son secret,
Personne ne le connaît sauf ma mère,
Quand tu porteras mon fils tu l’auras enfin. »
- Paroles imaginées d’une chanson pop sri lankaise.

Il était 6 heures du matin et les haut-parleurs du Chatura Bus Express gueulaient. Nos sièges, situés au milieu du bus, se trouvaient directement sous les haut-parleurs : j’avais l’impression que les décibels faisaient jouer du tambour à mes yeux sur l’arrière de mon crâne. Est-ce que l’horrible musique servait à attirer de nouveaux clients ou à contenter ceux du bus ? Je n’étais certain de rien. Au moins, nous avions choisi la compagnie de bus qui diffusait la musique la plus groovy. Le bus a grondé et s’est ébroué, et nous sommes partis de la station située à côté de l’arbre de Bodhi, dans la petite ville de Potuvil. Nous avons dit au revoir au surf, au sable, aux chauffeurs de tuk-tuk, aux vendeurs de came sur la plage et aux Européennes en tongs.

Après huit jours passés dans la mecque touristique d’Arugam Bay, nous quittions la côte Est du Sri Lanka. Un endroit plutôt chouette, vraiment. Pour 1000 roupies la nuit (environ 5 euros), on pouvait avoir une chambre sur la plage, lire son livre et boire sa bière en regardant les bateaux de pêche multicolores ramener les prises du jour. Pas mal. Mais puisque l’endroit était touristique, un raz-de-marée de tuk-tuks envahissait l’endroit pour répondre à la demande des touristes venus pour se pinter la gueule : inévitablement, tous les prix grimpaient.

Nous roulions vers le Nord en direction de la ville de Polonnaruwa pour le Vesak Poya, une fête bouddhiste qui est célébrée à la pleine lune. Le bus roulait au milieu des grands champs verts et semblait s’arrêter tous les 400 mètres pour laisser monter un nouveau passager ou pour laisser le contrôleur sortir et rendre hommage à l’un des nombreux temples colorés de Ganesh se trouvant le long de la route. Après une demi-heure, j’ai repéré un éléphant dans un champ, le long de la route. Les haut-parleurs gueulaient toujours dans mes oreilles et, tentant d’oublier les atroces miaulements du chanteur, j’essayais de m’imaginer ce que ce serait de vivre dans un monde où il serait complètement banal de voir un éléphant sur le bas-côté. Quelques minutes plus tard, ma femme en vit un autre. Il était encore plus près de la route et balançait sa trompe d’avant en arrière. Deux femmes assises devant nous semblaient l’avoir remarqué, le montraient du doigt et parlaient vite. J’étais content de voir que cet animal incroyable provoquait toujours de l’émerveillement.

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Par miracle le bus roulait à bonne allure, il prenait de la vitesse et doublait des véhicules, virait de gauche à droite, et accessoirement me donnait une idée de ce que pourrait être la vie d’une chaussette piégée dans un sèche-linge. Dans chacune des villes dans lesquelles nous passions, le bus semblait s’arrêter tous les 100 mètres pour faire monter des passagers, jusqu’à ce que l’allée centrale du bus soit si bondée qu’il semblait impossible de rajouter ne serait-ce qu’une noix de coco. Invariablement, de nouvelles personnes montaient et trouvaient miraculeusement une place. Le contrôleur, quant à lui, réussissait à se frayer un chemin pour récolter son dû et tenir les comptes dans son cahier d’écolier. Les haut-parleurs beuglaient toujours.

Malgré l’impression que nous n’arriverions pas avant la semaine suivante, nous avons atteint Batticiola vers 9 heures pour nous retrouver propulsés dans un autre Chatura Bus Express à destination de Polonnaruwa. Heureusement, le volume du film qui était diffusé était très faible. Malheureusement, ma fenêtre ne voulait pas s’ouvrir et puisque la chaleur montait en suivant la course du Soleil, j’avais le choix entre rôtir au soleil et avoir la tête dans l’entrejambe de parfaits inconnus.

Il faisait de plus en plus chaud, et maintenant que mes yeux ne jouaient plus du tambour, mon cerveau commençait à bouillir et était sur le point de sortir par mes oreilles. Après une heure et demie, j’ai vu un panneau indiquant Polonnaruwa et je me suis dit que ce calvaire était peut-être bientôt terminé. J’ai demandé tout excité à un sri lankais assis derrière moi si nous arrivions à Polonnaruwa.

« Polonnaruwa, lui ai-je dit en pointant le sol du doigt pour lui faire comprendre que c’était notre arrêt.
- Polonnaruwa, m’a-t-il répondu avec un air confus.
- Polonnaruwa, lui ai-je répété en accentuant mon premier mime.
- Polonnaruwa », m’a-t-il dit, regardant autour de lui avec un regard qui criait à l’aide.

J’ai regardé ma femme. C’est ma prononciation ? Aide-moi, s’il te plaît !

Elle m’a regardé et a fermé les yeux.

L’étranger me regardait, et je le regardais. Les mots ne pouvaient rien faire de plus pour nous.

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Nous sommes arrivés vers midi. La ville se situait à plus de 4 km de l’endroit où on nous avait déposés, nous sommes donc montés dans un bus local. Quelques minutes après être partis, ma femme sursauta subitement, tendit le doigt et me dit : « Regarde ce lézard ! »

J’ai tourné la tête et j’ai retenu un cri d’effroi. Sur le bas-côté, il y avait ce que je pensais être un dragon du Komodo, un énorme lézard d’environ 1 mètre 50 ou 2 mètres. Il se promenait tranquillement sur l’herbe.

Après débat, nous avons conclu que ce devait être un varan, mais merde, c’était énorme.

À la fin de la journée, j’avais une insolation et de la fièvre, j’ai dû passer la majeure partie de l’après-midi au lit. Nous avons quand même réussi à faire une petite promenade en ville au coucher du soleil, avec la brise du soir qui nous portait. À côté du lac de la ville, nous avons regardé des femmes enflammer des cocotiers devant la statue de Ganesh. Une jolie et sereine fin de journée.

En rentrant à notre chambre, nous avons parlé de notre journée. Voir des éléphants, écrire des paroles de chanson, observer un lézard géant, et avoir de la fièvre. C’était une bonne journée de voyage.

Retrouve l’article en anglais ici et d’autres articles sur le Sri Lanka ici.

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Vagabond Journey édition Française

Pierre a rencontré Wade lors de son voyage en Islande. S'il est resté plus de quelques jours, c'est bien grâce à lui. Étudiant en traduction à Toulouse, il est passionné par les voyages et les récits que les gens en font. Vous pouvez retrouver son site internet à cette adresse : http://pierrelrnt.wordpress.com

Pierre Laurent a écrit 30 articles pour vous.

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