Un voyage dans la plus grande ville fantôme chinoise.

Auteur : Wade Shepard (2013)

« Nous avons découvert que le pays le plus peuplé du monde construit des maisons, des quartiers, des villes entières sans personne à l’intérieur. » Ainsi commence le reportage de l’émission de CNBC, 60 Minutes, qui a été diffusé le 3 mars dernier aux États-Unis. La présentatrice, l’intemporelle et inamovible Lesley Stahl, s’est aventurée dans la ville de Zhengzhou accompagnée par le spécialiste de la finance Gillem Tulloch, basé à Hong Kong, pour lever le voile sur le phénomène des villes fantômes chinoises.

« Enfin ! ai-je pensé, je vais voir une véritable ville fantôme. »

Depuis décembre dernier, je tente désespérément de trouver des villes désertes en Chine, en vain. Tous les jours, je lis des articles dans les médias internationaux clamant que la Chine construit des villes qui ne sont pas peuplées ; je constate cependant à chaque fois que ce n’est pas exactement la vérité lorsque je m’y rends. Le centre commercial New South China Mall (en anglais) n’a presque pas de magasins ouverts, mais c’est devenu une sorte de base de loisirs assez prospère, Dantu a démontré qu’une nouvelle ville largement inhabitée (en anglais) pouvait devenir peuplée et vivante, et j’ai découvert que le nouveau quartier de Xinyang, un endroit caractérisé comme étant désert depuis 2010, n’était même pas prêt d’être construit (en anglais). Le reportage de 60 Minutes laissait présager qu’il y avait vraiment des villes fantômes en Chine. Du moins, c’est ce qu’ils disaient.

Regarde le reportage de 60 Minutes

Maintenant, regarde le mien.

Je suis parti pour Zhengzhou juste après que l’émission 60 Minutes ait filmé le nouveau quartier de Zhengdong. Lesley Stahl y racontait que cette zone était complètement déserte :

“Nous avons découvert ce qu’on appelle une ville fantôme : de nouvelles tours sans personne à l’intérieur, des appartements inoccupés, des pâtés de maisons vides sur des kilomètres et des kilomètres.”

Alors qu’elle prononçait ces mots, les images d’illustration montraient des quartiers entiers d’immeubles dressés vers le ciel et collés les uns aux autres, s’étendant à perte de vue.

« Ils construisent des villes, des villes gigantesques, mais personne n’y habite, » continuait-elle.

Le centre financier du nouveau quartier de Zhengdong

Zhengzou est la capitale de la province du Henan, et sa population ne cesse d’augmenter : la ville a récemment atteint les 8 millions d’habitants. Durant la dernière décennie, un nouveau quartier est sorti de terre dans la banlieue nord-est. La raison en est simple : il est plus facile et beaucoup plus rentable de construire une nouvelle ville que d’en détruire une pour la reconstruire ensuite. C’est un plan d’urbanisme que de nombreuses villes chinoises mènent actuellement à des degrés divers.

La structure de nombreuses vieilles villes chinoises ne sont bien souvent plus adaptées aux exigences de l’ère moderne. Plutôt que de se lancer dans des combats interminables et perdus d’avance contre les transports, la migration urbaine et l’assainissement, la Chine recommence simplement tout à zéro et de nouvelles villes sortent de terre. Dans toute la vieille ville de Zhengzhou les automobiles avancent pare-choc contre pare-choc — les rues tracées au fur et à mesure du temps sont sinueuses et étroites, transformant les rues en un véritable champ de bataille sans cesse en mouvement. C’est un capharnaüm sans nom qui a atteint son point de rupture, en raison d’une population démesurée qui consomme plus de ressources que jamais : une vanne de sécurité a donc été ouverte au nord-est, et le nouveau quartier de Zhengdong a été créé.

En Chine, de nombreux nouveaux quartiers ne sont pas créés pour absorber l’exode rural, mais pour accueillir les gens cherchant à fuir la congestion et l’insalubrité des vieilles villes. De manière générale, on peut dire que la plupart de ces nouvelles villes sont créées pour satisfaire les classes moyennes et opulentes en pleine expansion qui ont tendance à posséder des voitures personnelles, qui consomment davantage, et qui, pour le dire simplement, veulent plus d’espace et de plus choses.

La banlieue est de Zhengzhou a donc été transformée en un océan de nouveaux immeubles, d’immenses gratte-ciels, d’autoroutes surélevées, de musées, de centres des congrès, et de centres commerciaux. Ce nouveau quartier s’étale actuellement sur 58 kilomètres carrés — un peu plus grand que Rennes — et on projette même de le quadrupler. Zhendgong a été conçu pour loger 2 millions d’habitants et devenir l’épicentre des classes moyennes et opulentes ; une nouvelle ville pour riches, en un mot.

Aussi, les architectes n’ont pas lésiné sur la monumentalité des lieux. Les nouvelles villes chinoises sont souvent construites dans le but d’être reconnues, elles sont construites pour être inouïes. Zhengdong est parsemée de monuments post-modernes, d’immeubles aux formes étranges, et présente un kaléidoscope de styles architecturaux hétéroclites et contrastés : l’inévitable résultat auquel les architectes et ingénieurs chinois arrivent lorsqu’il leur est offert une terre complètement nue sur laquelle dessiner une nouvelle ville. Zhengdong a donc un musée qui ressemble à un nid d’œufs de Pâques dorés, un centre des congrès en forme d’éventail, un gratte-ciel potelé qui semble avoir été modelé à partir d’une sangsue obèse, et une douzaine de tours tape à l’œil construites pour devenir des symboles.

La carte du cartier financier

Au cœur de ce colosse urbain fraichement sorti de terre se trouve le Zhengdong CBD, un quartier financier conçu pour faire partie des grands de ce monde. Son concepteur est Kisho Kurokawa. Ce quartier, qui ressemble davantage aux délires d’un architecte fou, existe réellement. Disposé sur un plan circulaire, ce secteur possède deux routes concentriques qui font penser, lorsqu’on voit la zone du ciel, à une gigantesque cible. Entre ces deux anneaux se trouvent des sièges d’entreprises, des immeubles luxueux et des centres commerciaux, alors que le centre de la cible abrite un parc et un lac artificiel.

La zone dans laquelle 60 Minutes a tourné faisait effectivement penser à une « ville fantôme », mais lorsque je suis arrivé, j’ai trouvé tout autre chose. J’ai vu un nouveau quartier financier étincelant qui était emplit de nouvelles voitures scintillantes, des piétons bien habillés, des bureaux de grandes entreprises, des gratte-ciels pleins de bureaux occupés, des bars lounge, des vêtements qui pendaient aux fenêtres d’habitations luxueuses ; il y avait des voitures garées sur presque toutes les places disponibles, et des signes de vie à chaque carrefour. Il n’y avait rien de désert dans le quartier des affaires de Zhengdong, il paraissait fonctionner normalement.

J’ai repéré les monuments utilisés pour proclamer cet endroit comme étant une « ville fantôme », mais il m’était impossible de prendre une photo ou une vidéo qui puisse reproduire les scènes de désolation diffusées dans le monde entier. Il y avait simplement trop de monde, trop de voitures, trop de commerces, et mes clichés étaient tous saturés de la vie qui était en train de germer ici. Alors que tous les médias réussissaient chaque fois à avoir des preuves que nous étions en présence d’une ville fantôme, je ne réussissais qu’à prendre des photos qui montraient une ville active et vivante.

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Le musée de Zhengzhou

J’ai marché vers la tour Novotel et j’ai pris un ascenseur jusqu’au toit. Je voulais capturer la même image que l’équipe de 60 Minutes avait rendue célèbre, quelques semaines plus tôt. Il y a deux tours dont le toit est couvert par des sortes de pétales de verre. 60 Minutes a pris en photo l’une depuis l’autre. C’est ce que j’ai aussi fait. Avant de prendre l’ascenseur, j’ai parcouru le récapitulatif des entreprises présentes dans la tour, et je n’ai pu que constater que chaque étage était occupé.

Arrivé au dernier étage, je suis rentré dans une pièce et j’ai demandé la permission de prendre des photos depuis leur fenêtre. Les deux femmes qui étaient derrière leur bureau ont acquiescé, j’ai filmé la partie nord ouest du quartier des affaires. Mais je n’arrivais pas à avoir la vue de la fleur de verre que je voulais, je suis donc redescendu d’un étage et je suis rentré dans un bureau qui donnait sur le côté opposé.

La tour Novotel

La tour Novotel

J’ai passé une porte et j’ai atterri dans un grand bureau rempli de box et de personnes qui travaillaient sur des ordinateurs. Personne ne m’a arrêté lorsque je me suis dirigé vers les fenêtres qui me permettraient de prendre la photo que je désirais. Il y avait plusieurs bureaux fermés sur ma route, je suis donc rentré dans l’un d’eux et j’ai demandé à un homme assis derrière un bureau si je pouvais prendre une photo. Contraint, il m’a répondu « pourquoi pas » en haussant les épaules. Il n’était que modérément amusé de mon intrusion. Les fenêtres à cette hauteur étaient sales, et un autre travailleur est rapidement venu à mon aide pour en ouvrir une pour moi. J’ai eu ce que je voulais.

Est-ce que l’équipe de 60 Minutes est réellement allée dans un gratte-ciel occupé par de nombreuses entreprises, a marché à travers des bureaux remplis de travailleurs, a filmé un quartier plein de vie depuis les fenêtres et a ensuite décrété que toute cette zone était déserte ?!

La vue du quartier des affaires de Zhengdong depuis la tour Novotel

La vue du quartier des affaires de Zhengdong depuis la tour Novotel

Je me suis ensuite dirigé vers le centre commercial abandonné que 60 Minutes avait filmé quelques semaines auparavant. Il s’appelle l’Orient Center, et Stahl avait décrit cet endroit comme étant « complètement factice. Des produits inexistants pour une demande inexistante. » J’ai passé les portes et j’ai accéléré mon allure en passant devant les gardes, comme si je devais aller quelque part. Mais au moment où je pointais mon appareil-photo vers les fausses enseignes Starbucks et Nike qui avaient été installées de manière optimiste au dessus de pas de portes vides, une voix venant de derrière moi m’a appelé.

« Hé mec ! Tu vas où ? »

« Je me promène », lui ai-je répondu. Un gars d’une vingtaine d’années qui portait un costume-cravate est apparu derrière moi, et on aurait bien dit que j’étais pris la main dans le sac. Son anglais n’était pas très bon mais il essayait tout de même ; j’ai donc gardé mon mandarin dans ma poche et j’ai commencé à l’embrouiller en utilisant ma langue maternelle, tout en continuant à marcher. Il a choisit de me coller aux basques, et se battait pour comprendre mon charabia plutôt que d’essayer de m’éjecter du centre commercial.

« Viens avec moi » lui demandais-je. Contraint, il a accepté. J’avais désormais un guide gratuit.

Une fausse enseigne KFC que 60 Minutes avait filmé.

Une fausse enseigne KFC que 60 Minutes avait filmé.

Nous avons marché ensemble dans le cœur du bâtiment vide. De fausses enseignes de magasins occidentaux étaient alignées de chaque côté de l’allée, pour montrer ce à quoi pourrait ressembler le centre commercial s’il avait vraiment des magasins. KFC, Starbucks, Zara, Adidas, Nike, tous étaient présents.

« Quand a été construit ce centre commercial ? Ai-je demandé à mon nouveau partenaire.

- Il y a trois ans, m’a-t-il répondu.

- Est-ce qu’il y a déjà eu des magasins ici ? »

Il m’a répondu que cet endroit avait toujours été vide de commerces.

Nous sommes bientôt arrivés au bout de ce « centre commercial témoin ». Nous avons franchi la frontière de la partie factice et nous sommes entrés dans la réalité. C’était vraiment désert. Les panneaux blancs des murs n’étaient plus là et le sol n’était plus carrelé. Tout était complètement brut, à nu. Nous étions entrés dans un squelette de béton. Visiblement, les architectes n’avaient pas vu l’intérêt de finir un centre commercial qui n’accueillerait pas de commerces dans un futur proche.

Les allées vides du centre commercial fantôme.

Les allées vides du centre commercial fantôme.

Un groupe d’hommes nous ont doublés et se sont dirigés vers un escalator cassé. Je les ai rejoint. Nous sommes arrivés au premier étage, qui était encore plus morne et inachevé que le rez-de-chaussée.

« Ce sont des investisseurs ? J’ai demandé à mon guide à propos des hommes que nous avions croisés.

- Non, ce sont des visiteurs, il font un voyage d’affaire » m’a-t-il répondu rapidement.

En fait, le type qui me suivait bizarrement comme mon ombre était un authentique guide de centre-commercial fantôme. Son travail consistait à faire visiter aux gens cette carcasse vide de centre-commercial. Le groupe d’hommes que nous avions croisé avait été emmené sciemment dans cet endroit désaffecté, cette excursion faisait partie de leur visite du centre des affaires de Zhengdong. J’ai réalisé que les constructions abandonnées signifient tout autre chose pour les chinois que pour nous, étrangers.

En Chine, les centres commerciaux abandonnés et les villes fantômes ne sont pas considérés comme des signes menaçants d’incertitude financière et d’imminent crash économique, ils sont plutôt vus comme des démonstrations de potentiel et d’opportunité. De la même façon, les chinois n’essayent pas de cacher leurs espaces gargantuesque, dépeuplé et sans vie. Non : ils les exhibent. Personne en Chine ne parle de défaite, le combat vient à peine de débuter.

Peut-être qu’un jour ce sera un centre commercial ?

J’ai questionné mon guide : « Savez-vous qu’aux États-Unis, on dit que cette ville est inhabitée ? ». Il connaissait les reportages auxquels je me référais, et n’était pas choqué par ma question.

- Nous sommes en développement, m’a-t-il répondu de manière à clore le sujet. Il aurait tout aussi bien pu dire que Rome ne s’était pas construite en un jour.

Ces choses là prennent du temps.

- Qu’est-ce que vous pensez de Zhengdong ? m’a-t-il subitement demandé

- Je pense que ce quartier a du potentiel, lui ai-je répondu. Je voulais lui dire que cet endroit était un véritable miracle mais je me suis retenu — je ne voulais pas paraître trop exubérant, j’étais censé réaliser un reportage qui devait apporter une lumière sur le surdéveloppement insensé de ce pays.

- Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ? je lui retournais la question.

- Je travaille ici donc je trouve que c’est vraiment cool.

- Vous pensez qu’il y aura des magasins ici, un jour ? Je lui ai ensuite demandé.

- Oui, d’ici un an, m’a-t-il répondu, convaincu.

Cette phrase sonnait comme un vœu pieu ou des conneries de relations publiques, mais à regarder comme ce nouveau quartier s’était développé en une si courte période, je ne pouvais lui donner tort.

« De plus en plus de gens viennent, a-t-il enchainé.

- Ils arrivent rapidement ?

- Oui, très rapidement. »

Une fausse enseigne Nike au dessus d’un pas de porte vide.

Une fausse enseigne Nike au dessus d’un pas de porte vide.

Je ne pouvais pas le contredire, d’après ce que j’avais vu jusqu’à maintenant : ce que nous appelons en Occident les « villes fantôme chinoises » sont souvent de nouvelles villes à différents stade de développement. Il est vrai que nous étions en train de marcher dans une carcasse de centre-commercial, mais c’en était un qui avait potentiellement la chance de bénéficier un jour de muscles, de sang, de tripes, d’un cœur et des pulsations vitales du commerce. Rappelons-nous que le centre des affaires de Shangaï, Pudong, était très peu vivant à ses origines et qu’il est désormais le symbole de la réussite chinoise.

La Chine se situe sur une rampe de lancement. C’est un pays qui court vers le futur, mais qui sait également se montrer patient. En Chine, il n’est pas question de tirer la sonnette d’alarme à propos de ces villes fantômes et des quelques ratés. Il est absolument certain que tout ce qui est construit sera utilisé un jour. On peut qualifier ces pensées d’optimistes, de naïves, mais il est beaucoup trop tôt pour en juger.

Un parc dans centre du quartier des affaires.

Un parc dans centre du quartier des affaires.

Je suis sorti d’un centre commercial pour rentrer dans un autre. Ce qui n’est pas mentionné dans 60 Minutes, c’est que juste en face du centre commercial fantôme Orient Center, il y en a un autre encore plus vaste appelé Mid Town Seven. La seule différence est que ce dernier est entièrement rempli de magasins, de restaurants et de gens.

Le Mid Town Seven est constitué de sept centres commerciaux énormes qui s’étendent sur sept blocs d’immeubles, épousant l’arc de cercle du centre des affaires. Je suis entré dans ce colosse du commerce et j’ai trouvé un restaurant pas trop cher. J’ai allumé mon ordinateur et je me suis connecté tout en mangeant. J’ai chargé le reportage de 60 Minutes et j’ai pensé qu’il serait intéressant de le montrer aux personnes travaillant dans le restaurant. J’ai invité les serveuses à venir voir : elles se sont assises, curieuses, à côté de moi. J’ai lancé la vidéo et j’ai rapidement traduit ce qui était dit. Les filles regardaient ces étrangers proclamer que cette ville était déserte, alors qu’elles y travaillaient et que nous nous trouvions justement à ce même endroit.

« Mais nous sommes ici ! S’est exclamée une des filles. Les autres avaient également l’air perplexes.

- Est-ce qu’ils mentent ? Leur ai-je demandé.

- Oui, nous vivons ici » est intervenue une autre fille.

Je ne peux pas dire qu’elles étaient offensées par la vidéo, la situation leur semblait trop ridicule et surréelle pour pouvoir la prendre au sérieux. Imagine-toi regarder un reportage étranger qui proclame que la ville dans laquelle tu vis et travailles est déserte et abandonnée.

Les filles regardant le reportage de 60 Minutes qui proclame que personne ne vit dans leur ville.

Les filles regardant le reportage de 60 Minutes qui proclame que personne ne vit dans leur ville.

60 Minutes n’était pas le seul média à avoir classé récemment Zhengdong dans la catégorie des démarrages ratés. Depuis 2010, cette zone a été le centre de nombreux reportages dans les médias internationaux. The Daily Mail l’a nommée « plus grande ville fantôme chinoise », et ce titre semble être resté. Il y a quelques mois, Business Insider (en anglais) a proclamé que « le centre des affaires [de Zhengdong] n’est qu’un anneau de gratte-ciels vides, » et de nombreuses autres sources confirment ces dires.

Des immeubles résidentiels

Des immeubles résidentiels

Le fait que le nouveau quartier de Zhengzhou et le quartier des affaires de Zhengdong ne soient pas des villes fantômes n’est pas un secret. Depuis plus de deux ans, des gens publient des reportages et ils disent tous la même chose : il y a des gens ici, cet endroit prend vie. En 2011, New Geography est venu à Zhengdong et a complètement démoli les affirmations proclamant que la ville était déserte, le Heartland Institute a également publié un article du même acabit (en anglais) cette année là. Les médias chinois quant à eux, ne se sont évidemment pas gênés pour démentir ce que les agences de presses racontaient sur ces villes. Ces reportages et articles ont largement étés boycottés par les medias mainstream d’Occident qui se sont retranchés tellement profondément dans leurs croyances qu’il leur est désormais difficile de voir ces villes telles qu’elles le sont réellement.

J’ai quitté le centre des affaires pour me diriger vers la partie résidentielle du nouveau quartier de Zhengdong. De nouvelles constructions y sont regroupées, comme autant de pointes sur le tapis d’un fakir. Je ne veux pas dire que Zhengdong n’est pas surdéveloppée et sous-peuplée. Je n’essaye pas d’insinuer que cet endroit fonctionne à 100% de ses capacités. Ce que je dis, c’est que la vérité se situe entre deux extrêmes qu’on nous vend : le nouveau quartier de Zhengdong n’est pas une ville fantôme, mais il n‘est pas encore prospère. La vérité est toujours plus compliquée et complexe que ce qu’un reportage de 12 minutes peut dévoiler.

Une mer de gratte-ciels qui s’étend au delà du nouveau quartier de Zhengdong

Une mer de gratte-ciels qui s’étend au delà du nouveau quartier de Zhengdong

Cependant, 60 Minutes a simplifié la situation en désignant l’ensemble de Zhengdong comme étant stérile et désert : ils sont venus pour un scoop et ils l’ont eu, mais leur reportage s’est transformé en une fiction. Ils sont entrés dans des immeubles plein d’entreprises et les ont proclamés abandonnés, ils ont montré des gratte-ciels occupés et ont affirmé que personne ne vivait à l’intérieur, ils ont filmé un centre commercial abandonné mais ont ignoré celui qui prospère juste à côté, ils ont filmé des zones qui ne sont même pas encore achevées pour les illustrer le fait que les gens ne s’installent pas dans le quartier. 60 Minutes n’a pas trouvé une ville fantôme à Zhengzhou, ils en ont créé une.

Alors que je descendais de la tour Novotel par l’ascenseur, j’ai rencontré un homme qui travaillait là. On a discuté tout en sortant de l’immeuble. À un moment, je lui ai posé la question que je posais à tout le monde dans le cadre de mon enquête sur les villes fantômes :

« Savez-vous que les médias occidentaux racontent que personne ne vit ici ?

- Ce n’est pas vrai, » a-t-il vivement réagit. Alors qu’il parlait, il a montré la ville qui nous entourait comme pour dire : « Il n’y a qu’à regarder autour de nous, c’est évident que c’est faux. »

J’ai acquiescé.

« Dites aux États-Unis, a-t-il repris, qu’il y a des habitant et des entreprises à Zhengdong. »

Retrouve l’article original ici.

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Vagabond Journey édition Française

Pierre a rencontré Wade lors de son voyage en Islande. S'il est resté plus de quelques jours, c'est bien grâce à lui. Étudiant en traduction à Toulouse, il est passionné par les voyages et les récits que les gens en font. Vous pouvez retrouver son site internet à cette adresse : http://pierrelrnt.wordpress.com

Pierre Laurent a écrit 30 articles pour vous.
  • http://uneautreasie.com Damien E. (达米恩)

    Très intéressant, merci!

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