Sois souriant et dis bonjour

Auteur : Wade Shepard (2010)

Sosua, République Dominicaine – Lorsque tu te promènes dans une ville, à l’étranger, tu as souvent l’impression que les gens aiment te regarder. Apparemment, t’as une drôle de tête.

Souvent, on te regarde avec un air qui ne peut être interprété que comme étant menaçant, condescendant, impoli, voir même méchant. Ces regards qu’on te lance te font croire que tu n’es pas le bienvenu ici, que tu déranges, que si tu ne t’en vas pas, quelqu’un pourrait te faire du mal. Ces regards peuvent être intimidants, à moins que tu ne renvoies l’ascenseur aux personnes qui te visent, et que tu les salues.

Un simple « bonjour » suffit bien souvent à t’ouvrir toutes les portes.

Une dominicaine

Je ne compte même plus les fois où j’ai entendu des touristes et des voyageurs dire que les chinois étaient impolis parce qu’ils les regardaient fixement. Les gens sont offensés lorsqu’on les regarde, lorsqu’on discute dans une langue qu’ils ne peuvent pas comprendre, lorsqu’on les pointe du doigt et qu’on leur crie des choses. Ils disent donc que les chinois sont impolis. Ils le sont peut-être. Mais tu as quand même une drôle de tête.

Je dois admettre que quand ils voient des occidentaux, les chinois peuvent paraître un peu bornés et, si je me base sur mes propres références culturelles, pas très amicaux. Cependant je peux dire que, d’après mon expérience, ce n’est bien souvent qu’un pauvre masque : ces personnes sont souvent simplement curieuses, étonnées, blasées, ou se demandent à quoi tu ressembles une fois complètement nu.

Si tu les regardes dans les yeux et que tu les salues en passant, que tu t’arrêtes un instant pour discuter avec eux même si tu ne connais que deux ou trois mots, un grand sourire éclairera subitement leur visage et ils ne te regarderont plus comme si tu étais une curiosité, mais comme un véritable être humain.

Il semblerait que l’attitude de l’étranger qui marche dans la rue sans saluer les gens, ou sans se présenter, est vue comme une sorte de défi, se ressent comme un sentiment d’insécurité, voir même comme une démonstration d’irrespect. Ignorer quelqu’un signifie en général le dénigrer – surtout si ce quelqu’un te regarde. Un simple « bonjour » et un signe de tête signifient que tu considères les gens autour de toi comme étant d’autres êtres humains, et que tu n’es pas qu’un simple objet mouvant qui ne demande qu’à être observé – bien que tu aies toujours une drôle de tête.

Wade et Tony à un combat de coqs

Wade et Tony à un combat de coqs

C’est sans doute impoli de piétiner les plates-bandes d’un inconnu sans même un regard, sans se présenter, sans se saluer. Lorsque j’entends des voyageurs se plaindre sur combien les chinois sont impolis, j’essaye d’observer la manière dont ils se comportent dans la rue : généralement, ils marchent vite, ils regardent le sol : on dirait des souris.

Cela étant, il arrive que les personnes qui te fixent puissent être aussi antipathiques que ce que leurs visages laissent penser. Ça m’est arrivé au Monténégro. Dire bonjour et sourire est un bon moyen de se rendre compte de la situation dans laquelle tu es.

Lorsqu’on marche dans une rue, les regards que les badauds nous jettent peuvent être dérangeants. Mais cette dynamique peut évoluer grâce à un simple salut : un équilibre peut s’établir.

J’ai parfois l’impression d’être un homme politique quand je me promène. En dehors des zones touristiques – ou un simple bonjour équivaut à donner sa main à une bande de requins – saluer les gens peut transformer une rue remplie de gens renfrognés en une rue pleine de conversations intéressantes ou, au moins, une rue qui semble davantage amicale. Saluer les gens est un bon moyen de tester la dynamique d’un quartier, mais cela permet également de t’affirmer et de forcer les gens à te reconnaître comme un véritable être humain, et non pas comme un bol de lasagnes végétariennes qu’on peut fixer sans impunité.

Une salutation démontre qu’on considère la personne en face de soi, et oblige celle-ci à te faire preuve d’estime. Cela s’appelle le respect.

Sosua, République Dominicaine

Sosua, République Dominicaine

Dans les rues de la République Dominicaine, la plupart des hommes que l’on croise sont plutôt grands, et ils soutiennent parfois ton regard avec un rictus qui peut être interprété au premier abord comme étant légèrement menaçant. Mais une fois que tu les regardes dans les yeux, que tu leur dis « bonjour » et que tu leur souries, ils sourient à leur tour et te saluent.

Retournement de situation : la dynamique évolue. Lorsque je fais preuve de respect, on me respecte en échange. Les salutations ont étés inventés pour une bonne raison. Tes amis et tes voisins n’ont pas besoin de te dire bonjour : ils te connaissent, ils savent que tu es inoffensif, normal. Les salutations servent à jauger une personne qu’on ne connaît pas, et je crois c’est une démonstration de respect de faire ce petit geste dès lors qu’on me regarde passer.

Les salutations sont des marques de respect, c’est une manière de montrer que tu ne cherches pas à fuir. Seules les personnes louches qui ont des choses à cacher ne disent pas bonjour. Essayer de se faufiler à travers une communauté sans se faire repérer est un acte sournois.

Si tu te promènes à l’étranger, ne passe pas inaperçu, regarde les gens dans les yeux et salue-les comme si tu étais un hôte qu’on avait invité : tu seras fréquemment traité de cette manière. Si tu te faufiles sur la pointe des pieds comme une souris, il y a de fortes chances pour que l’on te fixe.

Qui fixes-tu ?

Qui fixes-tu ?

Une fois, j’ai essayé de me fondre dans la masse lorsque je voyageais : je me suis habillé et j’agissais comme « quelqu’un du cru », je me hâtais dans les rues comme si j’étais d’ici. J’avais 19 ans et je pensais que c’était une des caractéristiques du voyageur que de « se fondre dans la masse ». Mais j’ai rapidement réalisé que je ne trompais personne. Je me suis aussi rendu compte que je gâchais des opportunités de rencontrer des gens. Je me suis précipité, et j’ai raté une bonne partie du spectacle.

Un visage menaçant qui te fixe est souvent un signe de curiosité. On n’interrompt pas son quotidien sans raison, surtout pour regarder quelqu’un passer. Tu peux te tapir et prétendre que tu ne remarques pas que tout le monde te regarde, ou tu peux dire bonjour, t’arrêter pour discuter un peu, et essayer de rencontrer les personnes qui vivent là où tu voyages.

Souris et dis bonjour au monde qui te regarde droit dans les yeux.

Retrouve l’article original ici.

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Vagabond Journey édition Française

Pierre a rencontré Wade lors de son voyage en Islande. S'il est resté plus de quelques jours, c'est bien grâce à lui. Étudiant en traduction à Toulouse, il est passionné par les voyages et les récits que les gens en font. Vous pouvez retrouver son site internet à cette adresse : http://pierrelrnt.wordpress.com

Pierre Laurent a écrit 30 articles pour vous.

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