Rien ne vaut l’expérience de l’étranger

Édimbourg, Écosse « Tu pars à l’autre bout de l’Europe alors que tu ne connais même pas la France ?! » On a tous entendu au moins une fois cette phrase, probablement dans la bouche d’une personne âgée. D’ailleurs, à l’époque pas si lointaine de nos grands-parents, ou même de nos parents, les élèves devaient apprendre par cœur le nom des préfectures de tous les départements, le nom des fleuves et de leurs affluents, on apprenait la grandeur de l’Empire Français. Désormais, les institutions commencent à instruire les élèves et étudiants à propos de l’histoire du continent asiatique, à propos des phénomènes de globalisation, à propos du Tiers-Monde.

Comme disait le Master of Ceremony Solaar, « les temps changent ».

L’époque où on allait passer ses deux semaines de congés payés à Berck-Plage est-elle révolue ?

À en croire les médias, les français partiraient moins à l’étranger pour leurs vacances. La faute à la crise, disent-ils. Ils « se contentent » de partir à la découverte des paysages français, ses plages, ses montagnes, sa campagne. Il y a l’embarras du choix.

Les plages paradisiaques des Seychelles te font rêver ? Va faire du camping Corse, l’eau y est turquoise, tu pourras faire de la plongée et voir des petits poissons.

Tu es fasciné par les cités ouvrières du nord du Royaume-Uni ? Le Nord-Pas-de-Calais est fait pour toi, les briques sont rouges, et la pluie mouille tout autant.

Tu préfères les paysages de Toscane ? Va dans le Quercy, ils font également de l’huile d’olive là-bas.
Si ton dada, c’est le désert, je te conseille le sud de la Manche : autant d’habitant au kilomètre carré que dans le désert de Gobi.

Je n’ai pas l’impression que les gens, notamment les dits jeunes, daignent visiter notre pays. Attention, que celui qui a dit que c’était « le plus beau du monde » soit pendu haut et court pour chauvinisme exacerbé. Cependant, force est de constater que les campagnes françaises regorgent de magnifiques villages médiévaux témoins d’histoires passionnantes, de paysages mystiques, de vallées sauvages, de musées surprenants qu’on ne connaît que trop peu.

Si on se promène un peu en France, on constate que les seules personnes intéressées par les paysages, ou par la culture locale (à base de bonnes ripailles et de charmants châteaux) sont soit des séniors, soit des étrangers. Les petits trains touristiques, présents dans chaque ville, seraient-ils interdits pour les 15-35 ans ?

Ça ne donne pas envie ?!

Ça ne donne pas envie ?!

Pourtant, un séjour dans certaines parties de la France sera aussi dépaysant qu’un séjour sur une autre planète — fait aller un normand au sud de Tours, tu verras qu’il te demandera ce qu’est ce gros truc qui brille dans le ciel ; à l’inverse, un Toulousain fera face à une nouvelle langue lorsqu’il rencontrera les autochtones du nord de la France : « Un pain ô chôcôlô ? Putaing’, je veux une CHO-CO-LA-TI-NE cong’ ! ».

J’extrapole, bien entendu. On pourra retrouver des hordes de jeunes français dans certains des endroits les plus perdus de France : les campings des festival. Ils seront soûls, certes, mais présents dans des coins aussi improbables que Clisson ou Saint Laurent de Cuves.

Cependant, un problème subsiste : ce n’est pas cool de dire : « Je vais passer un mois dans le Finistère-Sud à manger des galettes de blé noir, à aller de Festnoz en Festnoz. » — mis à part si tu dis ça à un breton.

Mieux vaut pouvoir dire : « Je vais me faire un trip à travers l’Inde : Calcutta, Bombay et puis le Taj-Halal, tu vois. J’aime vraiment le boudhisme. ». Ou mieux, encore : « Cet été, je fais l’Amérique du Sud. »

Faire un pays, c’est une manière de vivre.

Désormais, lorsqu’on part à l’étranger, on ne visite plus un pays : on le fait. À croire que sans nous, ils n’existerait même pas. Tu vas me dire : Colomb, lui, a bien découvert l’Amérique. Pas mal. D’ailleurs, « faire » un pays se résume pour beaucoup à rester sur la même plage, ou dans le même hôtel-club, pour une durée variant de quelques jours à quelques semaines. Les autochtones rencontrés, que ce soient les serveurs, maitres d’hôtel, balayeurs et autres femmes de chambre y sont tous char-mants. Les excursions proposées sont systématiquement in-croy-ables. Par contre, je m’imaginais Angkor Vat bien plus grand.

Pour s’imprégner de la culture du pays dans lequel tu te trouves, on te propose le soir des spectacles traditionnels, qui n’existent plus que dans ce genre d’établissement. La tradition continue de vivre, pour les touristes des clubs. Si tu sors de l’enceinte protégée de ton hôtel, c’est pour aller te promener dans le « centre touristique » de la ville —qui porte bien son nom— tu n’y rencontreras que tes pairs, ou des gens qui cherchent à t’extorquer un prix faramineux pour des babioles.

Faire un pays, une région ou une ville, c’est atterrir dans un aéroport dont le nom ne sonne pas français et traverser la région en navette jusqu’à la ville dans laquelle tu as réservé une chambre, dans un immeuble en comportant deux mille.

Installé dans ton matelas gonflable, un godet en main, on subvient au moindre de tes caprices. C’est prendre des vacances pour ne rien faire, au soleil, à des milliers de kilomètres de chez soi mais avec le même confort. Tu te rends compte ? Ils ne parlaient même pas français !

Sous les clichés, la plage.

Il est plus attractif de partir à l’étranger pour une raison bien simple : l’argent. Tu écarquilles les yeux d’étonnement ?

Avec toutes les offres des compagnies aériennes low-cost qui existent, pourquoi se priver ? À titre d’exemple un aller simple entre Paris et Marseille, par la voie ferroviaire, coûte entre 50 et 100 euros. Tu pourras trouver un Paris-Marrakech pour le même prix.

Bien sûr, on ne partira pas de l’autre côté de la planète avec des vols low-cost, seul le continent européen et ses alentours pourront être visités. Cela représente tout de même une bonne trentaine de pays, sans compter les petits transferts permettant de rejoindre d’autres régions.

La France, au même titre que d’autres pays européens, est parmi les plus chers du monde. Se nourrir, se loger et se déplacer coûte généralement un bras, à moins qu’on ne parte dans des conditions considérées comme extrêmes : stop, camping sauvage, récup’, et j’en passe. De la même façon, si tu comptes partir en vacances dans le nord de l’Europe, je te conseille soit d’économiser une dizaine d’années, soit de subtiliser subrepticement la Mastercard de Papa avant de partir. Faire plaisir à ses enfants, ça n’a pas de prix.

Et, finalement, même si le transfert d’un pays à l’autre coûte un peu plus cher qu’un Lille-Plougastel, on dépense finalement moins d’argent, une fois sur place, pour les besoins essentiels.

Arrivé dans un pays à la mesure de nos petites bourses, il sera même aisé de voyager sur de longues distances pour des sommes très raisonnables. Aux extrémités de l’Europe, que ce soit à l’Est ou au Sud, il existe d’innombrables compagnies de bus desservant des destinations plus ou moins lointaines. Pour un trajet en bus d’environ 800 kilomètres au Maroc, j’avais payé 13 euros. Et il aurait été possible de négocier davantage. Dans certains pays, comme la Roumanie par exemple, l’auto-stop est tellement développé qu’il est nécessaire de faire la queue à la sortie des villes avant de se faire prendre par une voiture. Quant au logement et à la nourriture, ils sont systématiquement moins chers, si tu ne comptes pas dormir dans des palaces et te nourrir que dans des restaurants.

Outre le facteur économique, voici les autres raisons qui peuvent pousser à tenter l’expérience de l’étranger :

Que tu traverses la France du nord au sud, de l’est à l’ouest, tu fais toujours face à une culture sinon rigoureusement exacte, du moins extrêmement proche. Il est vrai que les gens du nord sont de placides alcooliques et les sudistes des feignants qui parlent fort, mais on ne peut pas dire qu’un changement radical s’opère. Mêmes us et coutumes, mêmes références, et surtout même langue. À moins d’aller dans de lointains villages reculés de l’Orne, où l’électricité n’est pas encore arrivée. Le facteur de la langue est essentiel pour se sentir loin de chez soi, pour se sentir dépaysé. Car c’est en grande partie le dépaysement que l’on recherche lorsqu’on se rend à l’étranger : une culture différente dont on ne comprend pas tout, des visages différents, se sentir étranger. La langue, qui peut être pour certains un handicap une fois à l’étranger, est le véritable détonateur de ce sentiment. Comment se sentir plus étranger que quand on ne comprend rien à ce qui se passe autour de soi ?

Rencontrer des nouvelles personnes, lorsqu’on ne se trouve pas dans son cocon habituel, n’a jamais été aussi facile. Que tu sois dans une auberge, dans un bar ou dans la rue, le contact est évident. On discute avec ses voisins plus facilement, on est plus curieux et plus ouvert, on demande une direction et bientôt on se retrouve à faire la fête avec les personnes qui nous ont renseignées.

On peut partir à l’aventure au bout de sa rue, on peut découvrir un lieu extraordinaire à moins de 100km de chez soi, on peut rencontrer de nouvelles personnes en buvant une bière à son bar habituel.

Mais ça ne vaudra jamais l’expérience de l’étranger.

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Vagabond Journey édition Française

Pierre a rencontré Wade lors de son voyage en Islande. S'il est resté plus de quelques jours, c'est bien grâce à lui. Étudiant en traduction à Toulouse, il est passionné par les voyages et les récits que les gens en font. Vous pouvez retrouver son site internet à cette adresse : http://pierrelrnt.wordpress.com

Pierre Laurent a écrit 30 articles pour vous.

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