Quelques conseils aux femmes qui voyagent à l’étranger

Auteure : Chaya Shepard (2010)

« Tu devrais porter ta robe rouge à pois », me suggéra Wade un matin à Amman.

« T’es sûr ? Tu crois pas que c’est un peu court pour ici ? » répondis-je.

« Nan, rétorqua t-il, t’as bien vu comment les touristes sont habillés. »

J’allais évidemment porter un tee-shirt à manches longues et une paire de leggings sous ma robe, mais cela ne me semblait pas encore suffisant. C’était vrai, beaucoup de femmes australiennes et allemandes s’habillaient bien plus légèrement que moi, mais je n’avais pas pour autant plus envie de laisser apparaître plus de peau – ou de formes, en l’occurrence – que ce que je n’avais à le faire. Je voulais être respectée, pas me transformer en festin pour les yeux.

Chaya avec d’autres filles en Jordanie

Malgré tout, j’ai sorti ma robe rouge à pois pour ma ballade du matin à travers la ville et le marché d’Amman. Lorsque je suis revenue, Wade m’a demandé « Alors, comment ça s’est passé ? Est-ce que quelqu’un t’a dit quelque chose de bizarre ou de glauque ? »

« Ouais, un type a baragouiné quelque chose de bizarre en arabe, je n’ai rien compris, mais rien d’autre de particulier » répondis-je, confuse.

J’ai ensuite réalisé ce qui s’était produit.

« Tu m’as utilisée ! Tu voulais tester un truc avec moi pour voir si on me draguerait ! Pauvre type ! » dis-je en rigolant. « Peut-être que le fait que personne ne m’ait draguée a plus à voir avec mes cinq mois de grossesse qu’avec la façon dont je suis habillée », plaisantai-je alors.

Wade, reconnaissant que j’avais vu juste, tenta de se justifier piteusement : « Cette fille me disait qu’elle se faisait draguer constamment au Moyen-Orient, à tel point qu’il lui était impossible de se promener. Je voulais voir si c’était vrai. »

Il avait récemment dû publier un article écrit par une femme étrangère étudiant à Amman et, apparemment, elle avait de nombreuses raisons de se plaindre de la façon dont les hommes la traitaient dans cette ville. Malgré tout, Wade nourrissait le soupçon qu’elle avait peut-être provoqué elle-même ses propres problèmes – étant donné que l’article était surtout centré sur les femmes du Moyen-Orient qui s’habillent à l’occidentale – et avait donc testé sa théorie à mon insu.

Jusqu’à ce jour, nous avions voyagé en Turquie orientale, en Irak et en Syrie, et le nombre de fois où je m’étais fait interpeller par des hommes était proche de zéro. Nous pensions que ça avait peut-être quelque chose à voir avec le fait que je voyageais avec un homme, Wade a donc essayé de me faire sortir seule autant que possible, pour voir ce qui se passerait.

J’ai voyagé seule en Amérique Centrale et en Afrique du Sud, et avec une compagne de voyage en Inde et en Asie du sud-est. Je ne peux pas nier le fait qu’on a essayé de me draguer un certain nombre de fois. Mais je peux également affirmer sans trop me tromper que je sais comment éviter les avances inopportunes.

Si le flirt est généralement flatteur et ne pose pas de problème en soi, cela peut être difficile d’évaluer jusqu’où ça peut aller quand tu es dans un pays avec une culture différente de la tienne. Cela peut être flatteur qu’un homme te sourie, mais si tu lui souris en retour, est-ce qu’il va te mettre la main au cul ?

J’entends beaucoup de femmes qui se plaignent d’être harcelées par les hommes lorsqu’elles voyagent. Ca peut arriver. Ca m’est déjà arrivé, et je sais que ça craint. Mais il y a certaines choses que tu peux faire pour minimiser ce risque. Je ne veux pas faire celle qui accuse la victime, mais j’ai remarqué que les filles européennes et états-uniennes font un certain nombre de chose qui attire plus d’attention de la part des hommes qu’elles n’en demandent :

1)    Porter des vêtements inappropriés – Ce n’est pourtant pas bien compliqué d’éviter cela. Regarde autour de toi la façon dont les femmes s’habillent, et porte des vêtements qui dissimulent les mêmes endroits. Je porte des manches longues et des pantalons, et parfois même un voile lorsque je suis au Moyen-Orient. Si tu portes une mini-jupe ou un débardeur, tu attireras davantage l’attention.

2)    La façon de se comporter – Marcher et parler comme une fille discrète, timide et servile, comme nous pouvons être conditionnées à le faire, est une attitude qu’on adopte facilement lorsqu’on reçoit des avances inappropriées, mais cela joue en ta défaveur. N’agis pas comme ça. Adopte l’attitude d’une femme forte, qui a confiance en elle, et qui peut mettre une branlée si elle le doit. Deviens une amazone indépendante et fière, à l’arc bandé, prête à décocher une flèche. Regarde les gens bien en face et garde la tête haute. N’oublie pas que ton regard en dit plus dans certains pays que dans d’autres, et sois consciente de tous les messages que tu envoies quand tu interagis avec les gens à l’étranger.

3)    Accoster des hommes – Je demande presque toujours à des femmes lorsque je cherche une direction, ou encore quand je veux savoir l’heure qu’il est, etc. Même si ça peut te paraître innocent, dans certains pays où les hommes et les femmes ne se mêlent pas beaucoup, le simple fait de demander une direction peut être pris comme une invitation qui peut être mal interprétée ou dont on peut vouloir profiter. Dans beaucoup de pays, la barrière entre les genres est importante, respecte-la.

4)    Se bourrer la gueule dans les bars, fumer, ou provoquer l’attention – Particulièrement dans les pays où les femmes ne font pas ce genre de choses, les hommes vont penser que si tu es assez dingue pour faire l’un de ces trucs, tu le seras assez pour coucher avec eux. C’est parfois la vérité, mais la plupart du temps c’est un fantasme.

5)    Ne pas clairement dire « non » - La plupart du temps, les femmes qu’on commencera à draguer répondront « Non merci, ça va », une manière polie de répondre « non » à une invitation pour aller boire un verre ou pour partager une conversation. Se comporter de manière polie et répondre quelque chose comme « euuuh je ne pense pas… peut-être une autre fois » à une invitation ou à d’autres types d’avances constitue pour le gars en question un encouragement. Dans certains pays, le refus passif est un jeu auquel jouent les femmes lorsqu’elles apprécient un homme, et est donc interprété comme du flirt.

Agir d’une manière qui nous semble polie en France peut provoquer la confusion dans un autre pays. Garde à l’esprit que, de la même façon qu’il y a des barrières entre les langues, il y en a entre les façons de faire. Tu dois être claire et directe et dire exactement ce que tu as en tête.

Ça ne veut pas dire que tu ne devrais jamais faire ces choses là. J’ai déjà probablement moi-même adopté ces différents types de comportement à un moment ou à un autre de mes voyages, et ai ainsi attiré l’attention. Parfois, il m’arrive de vouloir attirer l’attention, j’ai parfois envie d’être invitée à sortir et il n’y a pas de problème avec ça.

Mais lorsque tu voyages dans un pays avec culture différente, particulièrement dans les plus misogynes d’entre eux, tu dois être claire à propos de tes intentions concernant les hommes, et tu dois savoir que tu peux être en train d’envoyer des signes sans le vouloir. Si tu ne veux pas avoir à faire avec un homme qui te drague, fais le lui savoir sans détours, et passe ton chemin. Une hésitation quelconque de ta part peut faire la différence : se faire un ami et être respectée, ou bien se faire harceler.

Evalue rapidement la situation, pense au préalable à ce que tu feras si un homme te fait des avances inappropriées. Prépare-toi.

Tenter de défoncer la barrière qui existe entre les genres lorsque tu voyages n’enverra pas un message comme quoi tu es une femme forte et assurée, au contraire c’est le signe que tu pourrais être une fille facile. Les femmes états-uniennes et européennes ont la réputation de l’être, cela demande donc des efforts d’enlever cette idée de certains crânes particulièrement machos.

Les parades amoureuses de nombreuses cultures sont bien plus subtiles, mais aussi bien plus radicales qu’aux Etats-Unis ou en Europe. Un simple regard peut être suffisant à un homme pour penser que tu veux aller au lit avec lui. Un rire passif ou un gloussement pour parer à une avance peut être interprété comme le signe que tu veux aller plus loin.

En fait, si tu prêtes attention à la façon dont les femmes se comportent dans le pays dans lequel tu voyages et que tu t’y conformes, tout devrait bien se passer. Si tu te trouves dans un bar où les seules femmes présentes sont des prostituées, c’est peut-être le signe que tu peux potentiellement te retrouver dans une situation compromettante. Si les femmes du pays dans lequel tu voyages couvrent leurs jambes, leurs bras et leurs épaules, il y a alors de fortes chances pour que tu sortes du lot si tu n’agis pas de même ; si elles ne parlent pas aux hommes qu’elles ne connaissent pas, tes intentions pourront être mal interprétées si tu le fais.

Dans de nombreuses cultures, une femme étrangère a tendance à avoir une plus grande marge de manœuvre, jusqu’à un certain point, en ce qui concerne la bienséance, et bien souvent on n’attend pas de toi que tu te comportes exactement comme une femme du pays. Ça ne pose pas de problème que tu veuilles t’amuser, mais il existe un rapport risque/bénéfice que chaque femme doit pouvoir évaluer lorsqu’elle voyage.

Tu peux tout aussi bien ne pas suivre ces conseils et vivre tes voyages sans aucune restriction (les femmes occidentales sont souvent vues comme étant 10 fois plus sexy qu’elles ne le sont en réalité lorsqu’elles voyagent dans certaines parties du monde, et ça peut être amusant), mais ne te plains pas si tu es harcelée par des hommes dans la rue en Inde alors que tu portes un short et un débardeur qui laisse apparaître ton nombril.

Ce qu’on appelle culture n’est qu’un ensemble de signes que les gens d’un même groupe interprètent de la même façon, et ce qui signifie telle chose dans ta culture peut être interprétée différemment dans une autre. Tu peux décoder assez facilement les signes d’interactions homme/femme appropriés lorsque tu voyages en faisant simplement attention aux femmes du pays, en leur parlant, et en te liant d’amitié avec elles. Il n’est pas difficile de voir que les femmes étrangères qui tolèrent quelques simples règles de bienséance parcourent bien souvent le monde sans crainte et sans difficulté.

Chaya, enceinte, avec un pêcheur sur les côtes de la Jordanie

 

Tu peux retrouver l’article original ici

 

 

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Vagabond Journey édition Française

Caroline Laurent a écrit 13 articles pour vous.

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