La Fatigue Culturelle : Késako ?!

Auteur : Wade Shepard (2011)

 

“… Je me suis vu réagir à des situations de façon bien plus agressive que lors de mes précédents terrains. J’étais anxieux, irritable, et même rancunier envers les villageois. Non seulement je devais faire face à ces émotions, mais en plus ça commençait à se faire sentir dans les relations que j’avais tissées au village. Mes réactions me perturbaient beaucoup. A ce moment là, j’ai tenté d’analyser du mieux possible ce qu’il m’arrivait.” – Delmos J. Jones, Cultural Fatigue : The Result of Role-Playing in Anthropological Research

VILLA DE LEYVA, Colombie – La fatigue culturelle peut être définie comme l’état d’esprit dans lequel on est quand on vit à l’étranger pendant une longue période, et que le fait de se trouver confronté à un élément défavorable dans une culture donnée commence à nous importuner de façon démesurée. On peut être culturellement fatigué lorsque l’attention constante qui est portée aux plus petites interactions interculturelles semble demander beaucoup plus d’efforts que ce que cela en demande habituellement, quand le fait de tenter de comprendre une autre société/ta place au sein de celle-ci te rend malade, quand lutter pour être respecté devient trop fatigant pour continuer, ou bien lorsque te faire subir constamment des contre-interrogatoires pour savoir si tu as agi correctement dans la bonne situation devient insupportable. Naviguer et interagir dans une culture étrangère requiert bien plus d’énergie que lorsqu’on est chez soi, et qui plus est lorsqu’on y est confronté pendant une longue période. Les petits réajustements auxquels on doit se soumettre quotidiennement commencent à laisser des traces, et l’on se sent alors fatigué, on n’en peut plus : on est exténué.

La fatigue culturelle se fait souvent sentir lorsqu’on en arrive au point où non seulement on ne peut plus discerner les énigmes que recèle une culture et qu’on réalise qu’on ne pourra jamais les résoudre, mais qu’en plus on s’acharne malgré tout obsessivement à essayer  d’y trouver un sens.

Beaucoup de voyageurs partent à l’étranger en tant qu’enquêteurs-anthropologues auto-proclamés – fins prêts à comprendre un peuple et un endroit, à apprendre de nouvelles façons de vivre, à voir les choses depuis une perspective différente. Les grands mystères d’une culture – la structure sociale, les schémas de parenté, les manières d’acquérir des ressources personnelles – sont de véritables gourmandises intellectuelles pour ceux qui tentent de comprendre leur propre monde. Et même si ces différences culturelles peuvent parfois apparaître dérangeantes, agaçantes, ou même effrayantes, elles ont tendance à manifester cette essence sous-jacente des choses à la poursuite de laquelle les voyageurs se lancent parfois corps et âme. Ce sont ces différences qui nous poussent à partir à l’étranger, on parcourt le monde en quête de ces moments où, triomphal, on s’exclame : « Ahaaah ! », lorsque l’un des aspects d’une culture jusque là vu d’un œil interrogateur fait tout d’un coup sens.

Cette énergie supplémentaire nécessaire pour vivre à l’étranger est en partie la cause de l’excitation qui rend le mode de vie des voyageurs au long cours addictif. Mais, comme toute addiction, cela peut se retourner contre toi.

Toutefois, ce ne sont pas vraiment les grosses différences culturelles qui épuisent le voyageur, mais plutôt les choses insignifiantes, et notamment les petits tics culturels. Les moustiques tuent chaque année plus de personnes que les lions, les tigres, les ours et les serpents réunis. Ce sont les petites choses qui tuent. Je peux en dire de même pour la fatigue culturelle. Les grandes différences culturelles peuvent être maitrisées, ce sont les bizarreries en apparence les plus anodines et qui s’accumulent chaque jour qui peuvent plus que tout venir à bout du voyageur le plus robuste. Les petites choses – comme la façon dont les gens te regardent dans la rue, le fait d’être constamment sur tes gardes pour ne pas te faire arnaquer, ou encore la vision d’un bâtiment construit n’importe comment – sont souvent ce qui fait craquer une personne à l’étranger.

L’une des choses qui me rendait dingue en Chine était la fréquence avec laquelle les gens me répondaient “Ting bu dong” (“il ne comprend pas” ou “je ne comprend pas”) lorsque je comprenais ce qu’ils racontaient et que je leur répondais dans leur propre langue. J’en étais arrivé au point où j’aurais presque pu coller une mandale à certains d’entre eux pour leur faire réaliser que je parlais un chinois acceptable, et qu’ils pouvaient me comprendre si seulement ils arrêtaient de m’adresser mécaniquement leurs “ting bu dong”.

J’en ris maintenant, étant donné que j’ai quitté la Chine depuis plusieurs années, et que ça semble bien trop insignifiant pour susciter davantage qu’un simple haussement de sourcil.

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En Amérique Latine, ce sont les interactions financières qui me mettent le plus souvent hors de moi. J’ai voyagé plusieurs années en Amérique Centrale et du Sud, et au Mexique, j’ai passé pas loin de la moitié de ma vie de voyageur dans ces régions, et je parle donc correctement espagnol. Tout semble tranquille et normal ici – je sais que je devrais y être complètement à l’aise – mais l’attention quotidienne que je dois porter à n’importe quel échange commercial finit immanquablement par me faire sortir de mes gonds. Ca me fatigue vite d’avoir à compter le moindre centime, de penser systématiquement à l’argent, de me retrouver dans des situations inconfortables simplement pour une question de menue monnaie. Au final, ce n’est pas un nouveau défi, mais c’est juste épuisant : j’ai déjà vécu ici auparavant, et c’est toujours, toujours la même rengaine.

A quatre reprises en deux semaines j’ai dû me dépêtrer d’interactions difficiles à cause de l’argent à Villa de Leyva. Mis à part un incident – une tentative ridicule de me faire changer de l’argent à un taux plus élevé – les montants d’argent en question étaient vraiment dérisoires (plus ou moins 1$). Pourtant, l’intention sous-jacente allait me mettre dans un état pas croyable au regard de ce qui était matériellement en jeu.

J’ai déjà vécu ici, pourquoi me cherche t-on des noises ?

Ça m’énerve parce que, effectivement, j’ai déjà vécu ici. C’est ce qu’on appelle la fatigue culturelle.

Au café
Je me suis rendu au même café dans Villa de Leyva dix matins d’affilée. Trois serveuses différentes m’ont servi des cafés au lait, et neuf fois sur dix, il coutait 1,5 pesos. Le dixième jour, j’y suis retourné, j’ai commandé un café au lait à la même fille qui m’avait déjà servi sept fois auparavant, et lui ai donné un billet de 2 pesos lorsque j’ai eu fini.

Elle ne m’a pas rendu la monnaie. Etrange. Je l’ai réclamée.

« Ca coute 2 pesos.
- Non, c’est 1,5.
- Non, c’est 2.
- C’est écrit ici que ça ne coute qu’1,5 pesos, lui répondis-je en pointant du doigt le menu où était clairement imprimé le prix.
- Les prix ont augmenté.
- Quand ont-il augmenté ? Hier ?
- Il y a quinze jours. »

Elle me mentait. Je sentais la colère monter. Je vérifiai moi-même – la différence était de 50 centimes, pas de quoi se mettre outre mesure en colère et de se transformer en ce genre de mec– le salaud de touriste qui hurle au scandale pour 50 centimes. Elle tenait le montant de sa note d’une poigne de fer, et je n’étais pas prêt de la lui arracher des mains. Elle ne souriait pas, elle était entrée en guerre. Ca n’en valait pas la peine. J’ai quitté le café.

Il ne s’agissait que de 50 centimes – vraiment pas de quoi se mettre dans tous ses états – mais j’étais tout simplement hors de moi. Aurais-je dû me lancer dans la bataille, me bagarrer pour une question de respect, pour obtenir ma monnaie, aurais-je dû y retourner, chercher à parler au responsable et faire ouvrir le livre des comptes ? S’en aller était-elle la chose la plus intelligente à faire, ou bien faisais-je preuve de faiblesse ?

Ce n’était pas une question d’argent qui m’agaçait, mais plutôt le fait de ne pas pouvoir comprendre pourquoi une personne pouvait agir de la sorte. L’interaction m’avait rongé, je tentais d’expliquer pourquoi une personne qui s’était montrée amicale à sept reprises faisait soudain volte face à la huitième en décidant de me faire dépenser plus d’argent, en se mettant à mentir puis à me montrer les crocs.
Pourquoi c’est arrivé ? Pourquoi ? What the fuck ? Plus j’y pensais, et plus j’essayais de réfléchir aux ajustements que je pourrais opérer pour faire en sorte que ça n’arrive plus, et plus j’étais sur les dents. « Ca ne vaut pas le coup de me mettre le cerveau à l’envers pour 50 centimes », je me suis dit. Mais au fond, ce n’était pas les 50 centimes qui m’énervaient ainsi, mais bien mon incapacité à donner du sens à la situation.

Au restaurant
A Villa de Leyva, j’allais tous les jours dans un restaurant sympa avec ma famille, où j’avais l’habitude de commander leur menu du jour. Ça coutait 8 pesos – un poil plus que ce que je voulais dépenser – mais la nourriture était extra et les assiettes copieuses.

Chaque fois que j’allais payer, la serveuse écrivait le prix du repas dans un petit cahier – 16 pesos – ainsi que ce que nous avions pris – deux menus. Autour du cinquième jour, je regardai d’un peu plus prêt le menu. Tout en bas était écrit : « un menu : 7, deux menus : 14 ». Il n’y avait aucun autre prix multiple de huit sur toute la feuille : les autres clients payaient 7 pesos.

J’évoquais cette différence de prix à la serveuse en montrant le menu, pensant qu’il y avait surement une explication toute bête – peut-être que tous les autres qui commandaient le menu n’avaient pas de soupe, ou quelque chose comme ça. Mais la serveuse a de nouveau affirmé : « C’est 8 pesos », après avoir retourné le menu.

J’ai payé et quitté le restaurant. Je n’étais pas en colère : le restaurant pouvait me faire payer ce qu’il voulait. Au fond, c’est moi qui choisissais ou non d’y manger. Mais un double système de prix semblait y avoir cours, et me faire payer 1 peso de plus pour l’unique raison que j’étais étranger m’agaçait profondément – et d’autant plus que nous discutions souvent avec les propriétaires du restau lorsque nous y mangions. Ça me contrariait, et je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir insulté. Je réfléchissais à ce que je pourrais changer pour éviter ce tic culturel, et j’ai commencé à m’énerver. Je ne parvenais pas à me sortir ce peso de différence de l’esprit et ça en devenait abrutissant.

J’ai croisé le propriétaire dans la rue quelques jours plus tard. Il m’a souri, m’a serré la main, et m’a donné une petite tape amicale sur l’épaule. Il m’a dit que son restaurant était mon restaurant. J’ai répondu poliment, mais je savais pertinemment que je ne paierai plus sa taxe pour gringo.

La sandwicherie
A Villa de Leyva, le midi, j’allais manger dans une petite épicerie pratiquement tous les jours. Nous sommes vite devenus amis avec le couple qui gérait l’endroit. Mes sandwichs débordaient de viande et ils donnaient des bonbons à ma fille. Plusieurs jours d’affilé, mes sandwichs étaient au même prix. Et puis, un jour, ça avait augmenté.

La dame arrondit ma note au peso supérieur. Je me suis dit qu’elle s’était peut-être trompée et le lui mentionna. Elle n’était pas d’accord et me répéta le prix de chaque article que j’avais achetés. Les prix qu’elle récitait étaient même plus bas que ce que je pensais, augmentant ainsi la marge d’erreur. J’ai haussé les épaules et tourné les talons – un de perdu, dix de retrouvés. Mais une fois arrivé à la porte, je me suis arrêté, je suis retourné au comptoir et ai demandé à ce que la dame jette de nouveau un œil à ma note. Elle s’est exécutée, a admis une erreur, et m’a rendu ma monnaie. J’ai eu l’impression d’être un sale con.

A chaque fois que je suis retourné à la sandwicherie, les seules interactions que nous avions désormais étaient d’ordre commercial. Les personnes qui étaient devenues des connaissances, et plus seulement des commerçants, me montraient désormais les chiffres sur leur calculatrice au lieu de me dire le prix que je leur devais. Il y avait bien moins de viande dans mes sandwiches, et on papotait moins. Apparemment je les avais offensés –et même si c’était eux qui avaient commis l’erreur, j’avais l’impression d’être celui qui les avait escroqué.

Est-ce que j’avais bien fait ? J’ai tourné et retourné cette question dans ma tête, et ça m’a usé.

Les casse-tête de l’interaction interculturelle

A titre personnel, je sais généralement comment la fatigue culturelle se manifeste. Cependant, le terme « fatigue » est bien souvent un euphémisme : je peux être épuisé, et rongé par la frustration et la colère. J’ai développé de nombreux mécanismes d’adaptation qui me permettent de voyager au long cours et de changer continuellement de culture. Je suis aux commandes d’un wagon d’une montagne russe émotionnelle, et dois constamment être à l’affût de mes émotions si je ne veux pas manquer l’intrigue principale.

Je compte explorer ce concept à petites doses. La charge émotionnelle – déni, colère, honte, rage – qui peut être provoquée par le fait simple d’en discuter est incroyable. – Andy Graham, Cultural Fatigue (en anglais)

Dans les relations interculturelles, ce genre de petits mauvais moments à passer, apparemment sans grandes conséquences, ont le pouvoir d’user le voyageur. Ils te font réaliser que tu perds momentanément tout repère dans un endroit donné, et cela demande une sacré énergie de les retrouver. On ne peut pas voyager en mode automatique, on ne peut jamais se contenter de jouer un rôle en suivant le scénario à la lettre lorsqu’on voyage – on doit toujours d’abord penser, puis réagir en conséquence. Être mis au défi par les interactions qui apparaissent comme les plus simples lorsqu’on est chez soi nous oblige à rester vigilant quand on voyage, mais c’est aussi ce qui nous épuise le plus. Faire face aux mêmes défis ridicules jour après jour engendre de la fatigue.

La fatigue culturelle, c’est un peu comme rêver que tu es chaque jour dans le même jeu télévisé, où on te pose toujours la même question, et qu’inévitablement, tu donnes toujours la mauvaise réponse. Tu ne peux pas y répondre correctement parce-que la réponse n’arrête pas de changer. Tu ne peux pas gagner, donc soit tu te retires, soit tu exploses, soit tu rentres à la maison, ou bien tu passes outre.

Les différentes cultures sont comme des casse-tête imbriqués les uns dans les autres : dés que tu parviens à résoudre l’un d’entre eux, on t’en montre un autre, bien plus complexe, dont une fois de plus tu n’arrives pas à te sortir.

Voyager dans un pays en pensant de façon maladive que tout le monde va t’arnaquer devient vite un fardeau difficile à porter, et ça peut gâcher un voyage. Je ne pense pas que tout le monde essaie d’escroquer les gens en Colombie, mais les trois incidents mentionnés précédemment m’ont mis sur le qui-vive. Ils m’ont épuisé parce-que je ne peux les expliquer. Je me demande inlassablement « pourquoi ? », et le seul résultat que j’obtiens est que je suis constamment contrarié. Pourquoi est-ce que je paie cinquante centimes de plus pour manger comme n’importe qui d’autre dans le restaurant ? Pourquoi la jeune fille du café décide de me faire payer plus cher un jour ? Pourquoi les propriétaires de la sandwicherie arrondissent ma note au peso supérieur et s’offensent quand je le mentionne ?

Le simple fait de poser ces questions et de vouloir s’adapter à ces situations sont des symptômes de la fatigue culturelle.

Elle fait ponctuellement partie du voyage, et c’est le signe que tu as engrangé assez d’expérience pour commencer à voir à travers l’écorce superficielle d’un endroit, que les motifs particuliers d’une culture commencent à t’apparaître, et que tu es en train de progresser dans les niveaux les plus difficiles du casse-tête culturel.

Toute « culture » présente un éventail de types de comportements, et accéder à ces habitudes – même si ça peut occasionnellement couter cher – fait partie du processus d’apprentissage lorsqu’on voyage.

Quand tu commences à te sentir mentalement épuisé pour la première fois dans une culture, envisage-le comme le signe d’un apprentissage – les différents motifs que tu observes commencent à s’assembler, les gens deviennent plus réels, tu commences à voir à travers tes œillères interculturelles, et tu es en train de commencer à percevoir non seulement une autre culture, mais également ta place au sein de celle-ci. Savoir quelle est sa place dans un autre pays – la façon dont on est vu – est peut-être ce qui détruit de nombreux voyageurs. Le manque de respect auquel ils font face est bien souvent trop difficile à supporter : ils s’épuisent, ils finissent par exploser et finalement rentrent chez eux. La fatigue culturelle est peut-être un mécanisme de défense, une façon de fermer les portes qu’on a ouvertes vers une culture parce qu’on n’aime pas ce qu’on y voit. On se met en colère devant la chose la plus insignifiante parce qu’on en sait désormais assez pour se rendre compte de ce que cela représente réellement.

C’est de maîtrise de soi dont il est question lorsqu’on voyage. Tu ne maîtriseras jamais un autre endroit, une autre culture ou quelqu’un d’autre, mais tu peux essayer de te maîtriser toi-même. C’est épuisant de faire face aux mêmes petites batailles quotidiennes, mais il n’y a rien que tu puisses faire pour y échapper : tu ne peux pas contrôler les autres. Par contre, tu peux contrôler la façon dont tu réagis.
C’est moi qui décide si je laisse cinquante centimes ruiner ma journée, c’est moi qui décide si je gaspille mon énergie mentale à ruminer l’apparente stupidité ou le manque de respect dont les gens font preuve à mon égard. Quoi qu’il en soit, à travailler dans une culture qui t’épuise, ta peau n’en devient que plus dure. Rentrer chez soi, fuir, ou partir pour une autre région du monde revient à traiter les symptômes de la fatigue culturelle, et non pas ses causes.

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Je me souviens avoir vu une Européenne à Bangkok se mettre à hurler sur une jeune fille tenant un cyber café parce qu’elle avait essayé de lui faire payer l’équivalent de 20 centimes d’euros pour un appel auquel elle n’avait pas répondu. La Thaïlandaise s’est mise à hurler en retour, et les deux ont fini par s’envoyer à la figure les fournitures de bureau qui trainaient sur le comptoir qui les séparait. Il n’était question que de 20 centimes, mais il y avait en jeu quelque chose de bien plus profond : l’Européenne en avait probablement par dessus la tête d’être arnaquée et non-respectée alors qu’elle était en vacances, et quant à la Thaïlandaise, ça la rendait probablement malade d’avoir continuellement affaire à ces crétins de touristes. Cependant, la différence réside en ce que l’Européenne a fini par sortir dans la rue pleurant de rage – sa journée était gâchée -, alors que la Thaïlandaise a éclaté de rire et s’en est retournée à sa routine comme si de rien n’était.

Je venais juste de voir une Thaïlandaise littéralement péter un câble, se mettre dans une colère noire, attaquer violemment une personne avec un radio réveil, et puis redevenir d’un coup tout à fait normale, comme si le spectacle entier avait été joué sans un soupçon d’émotion véritable.

J’ai alors appris une leçon : l’indifférence (en anglais). C’est peut-être l’une des attitudes les plus difficile à adopter et à cultiver lorsqu’on voyage, mais si tu veux voyager autour du monde et rester sain d’esprit, elle est nécessaire. Cette Thaïlandaise s’est mise à crier et à hurler jusqu’à en devenir physiquement agressive, mais elle n’a pas laissé cette altercation la consumer. Elle s’est battue, certes, mais elle n’était pas émotionnellement engagée dans ce pour quoi elle se battait. Une fois la bataille finie, elle est passée à autre chose.

Indifférence ne veut pas dire inaction, cela signifie se tenir émotionnellement en recul par rapport à l’action, cela signifie ne pas ressasser ce qui s’est déjà produit. Une fois la bataille finie, passe à autre chose. C’est peut-être le seul moyen de se prémunir contre la fatigue culturelle.

Retrouve l’article original ici.

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Vagabond Journey édition Française

Caroline Laurent a écrit 13 articles pour vous.

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