Dormir dehors, c’est gratuit.

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Auteur : Wade Shepard (janvier 2008)

« An uncomfortable bed free is better than a comfortable bed unfree » – Jack Kerouac

« Un mauvais lit gratuit sera toujours mieux qu’un bon lit payant »

Il arrive régulièrement que le voyageur se retrouve dehors après la tombée de la nuit sans un endroit où trouver un abri et, dans certains cas, sans les ressources financières nécessaires pour se payer une chambre, si tant est qu’il y en ait une disponible. Ou encore, dans le cas d’un voyage à vélo, à pied ou encore en stop, il serait idiot de chercher des aires aménagées chaque nuit dans l’unique but de bénéficier d’un abri. En effet, il arrive souvent que l’on doive dormir à la belle étoile lorsqu’on est sur la route. Dans la plupart des cas, le camping « officiel » n’est pas vraiment une option envisageable – notamment parce que je considère que c’est une perte d’argent. De mon point de vue, le monde est un gros site de camping et le voyageur astucieux trouvera toujours de quoi y installer son campement et y passer la nuit gratuitement. Les parkings, les cimetières, les trottoirs, les forêts, les toits de centres commerciaux, les champs, les plages désertes, ainsi que les ponts et les grottes n’affichent jamais complet. Et il n’est même pas nécessaire de réserver ! Toutefois, sois prudent : trouver un endroit où dormir à la belle étoile peut se révéler être une entreprise  périlleuse, mais constitue cependant toujours une véritable aventure.

Je tiens d’abord à dire que dans certains pays, il n’est pas forcément utile de dormir à la belle étoile, et que ce n’est pas vraiment nécessaire dans d’autres. Par exemple, si tu voyages en utilisant les transports en commun, c’est à dire que tu es obligé d’aller d’une ville à l’autre, dans un pays où le niveau de vie est relativement bas, la nécessité de dormir dehors diminue grandement. Si tu peux trouver une chambre pour 2 ou 5€, dormir à la belle étoile devient un risque inutile. On vole les voyageurs en Amérique Latine. Des voyageurs disparaissent en Afrique. Et on peut dire la même chose de nombreuses autres régions du monde. Je me souviens avoir lu un article de Andy, the Hobo Traveler.com, qui mentionnait la disparition de voyageurs après qu’ils aient dormi à la belle étoile en Afrique, et je suis d’accord avec lui :

« Une personne doit être folle, débile, et doit avoir envie de mourir pour dormir dans une tente et camper en Afrique de l’Ouest. Le fait de n’avoir jamais entendu parler de campeurs morts ne veut pas dire que ça n’arrive pas. Un voyageur disparu ne l’est que pour sa famille et ses amis, il se volatilise, tout simplement. » -Andy the Hobotraveler.com, I Was Once Lost But Now I Am Found (en anglais)

Je vais donc être clair : si tu voyages dans un pays potentiellement dangereux où tu as la possibilité d’avoir une chambre pas chère sans trop de difficulté (Amériques Centrale et du Sud, Afrique, une partie de l’Asie), fais-le. J’ai le sentiment que le rapport risque/argent dans ces endroits conduit les gens à négliger l’aspect sécurité. Mais si tu voyages dans des pays couteux comme l’Europe, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, ou dans des pays relativement bienveillants comme la Chine; que tu es à vélo, à pied ou en stop, et qu’il t’est impossible de trouver un logement le long de ta route, ou bien que tu n’en as vraiment pas les moyens, alors cet article, basé sur ma propre expérience, est écrit pour toi.

Où dormir :

Dans des conditions ordinaires, le voyageur voudra trouver un endroit sûr pour dormir, et où il aura peu de chance d’être découvert. Mais méfie-toi : si on te débusque dans de tels emplacements isolés, cela pourrait bien être synonyme d’ennuis. Une des caractéristique du camping à la belle étoile est la suivante : si, par hasard, tu es découvert par un groupe de personnes alcoolisées, par des voleurs, ou par des propriétaires en colère, il n’y aura probablement personne pour te venir en aide. C’est à la fois plus sûr et plus dangereux de dormir dans des endroits isolés. Sois attentif, choisis ton campement avec sagesse.

Les bons spots où camper

  1. Les forêts ou les bois proches de voies rapides et éloignés d’une quelconque ville ou même d’un village
  2. Dans des buissons proches d’un échangeur, ou bien de part et d’autre d’une bretelle d’autoroute. A moins de faire du stop ou d’être bizarres, les gens ne fréquentent généralement pas les zones des grands axes routiers.
  3. Le long des sentiers de randonnée, en montagne ou en forêt. C’est exactement comme dans les campings, sauf que c’est gratuit. Il est conseillé de ne pas s’y prendre au dernier moment pour dormir dans ce genre d’endroits, étant donné que cela prend parfois un peu de temps pour trouver le départ du sentier ou pour se retrouver dans la nature.
  4. Sous des ponts, en dehors des villes. Éloigne-toi suffisamment des villes avant de t’installer sous un pont, sans quoi tu risques d’avoir de la compagnie.
  5. Les parkings d’hôtels, si tu as un véhicule. Dans les champs adjacents si tu es à pied ou en vélo. Les hôtels possèdent souvent des zones d’herbe avec des arbres ou des buissons où se bricoler un abri.
  6. En Asie on peut dormir dans les vieux lieux de pèlerinage, les monastères ou les temples. Ces derniers ont longtemps constitué, pour les voyageurs, des haltes où dormir en Asie de l’Est. Ces vieux bâtiments se révèlent propices à de longues nuits de sommeil.
  7. Sur les collines qui dominent des villages. La plupart du temps, les collines dominant de petits villages sont vides. Y grimper durant la journée permet de trouver un bon endroit pour établir son campement.
  8. Sur la plage. Assure-toi de te trouver dans un coin de la plage qui ne sera a priori pas fréquenté par des couples ayant projet d’y batifoler au beau milieu de la nuit.
  9. Les universités. Si tu parais jeune, tu peux éventuellement rester sur le campus universitaire tard dans la nuit. Agis simplement comme si tu y étudiais et trouve-toi pendant la journée un coin pour dormir. Si un agent de sécurité t’aborde, aies l’air offensé et dis-lui que tu es étudiant. Si tu te trouve dans un pays étranger, parle-lui dans ta langue maternelle et tente d’envoyer balader ton agresseur.

Les mauvais endroits où j’évite de dormir

  1. Dans les villes ou à leurs abords.
  2. Dans les parcs, à moins que ce ne soient des parcs naturels très, très étendus, ou de tomber sur un très bon coin où camper.
  3. Près des zones très fréquentées. Parfois, même les zones rurales attirent un trafic important tôt dans la matinée. Éloigne-toi des routes et des chemins. Ce n’est pas parce qu’un endroit semble désert la nuit qu’il l’est nécessairement durant la journée.
  4. Dans les bâtiments abandonnés. On ne sait jamais ce qu’on peut y trouver.

A prendre en compte lorsqu’on dort à la belle étoile

  1. Le site se situe t-il en dehors d’une zone urbaine ? Il faut essayer, dans la mesure du possible, d’éviter de dormir dans les villes ou non loin d’elles. Les grandes agglomérations peuvent avoir une zone d’influence égale à 50km ou plus ; dormir à la belle étoile à l’intérieur de ce rayon requiert une bonne dose de vigilance. Sois attentif : même si un endroit en-dehors d’une ville te semble être plutôt rural, il peut tout de même se situer dans sa zone d’influence. Si tu voyages en stop, à vélo ou à pied, réfléchis-y à deux fois avant d’entrer dans une grande zone urbaine : sois sûr de pouvoir en sortir avant la tombée de la nuit, ou de pouvoir trouver un bon endroit où dormir.
  2. Seras-tu à l’abri des regards ? Ne choisis pas un endroit qui peut potentiellement être fréquenté une fois la nuit tombée. Si tu es sur une plage, éloigne-toi de toute zone susceptible d’attirer des fêtards. Au final, trouve un endroit qui soit plutôt difficile d’accès.
  3. Seras-tu visible lorsque tu établiras et lèveras le camp ? Si tu dois marcher à travers des zones habitées pour parvenir à un endroit où camper, il serait peut-être mieux de changer de plan. Tache de trouver un endroit où personne ne se rend vraiment.
  4. Penses-tu que la police fait des rondes dans les environs ? Où que tu sois, la police est l’une des plus grandes menaces pour le voyageur. Si tu es attrapé par la police, sois honnête. La plupart du temps, ils se contenteront de te sermonner, te diront de faire attention et te demanderont de lever le camp au petit matin.
  5. Quel jour de la semaine est-on ? Dans beaucoup d’endroits, les jeudis, vendredis, et samedis soirs sont synonymes de soirs de fête. Ce qui veut dire qu’on peut potentiellement tomber sur des personnes soûles. Tiens-toi à l’écart de toute zone où l’on pourrait avoir l’idée de picoler (plages accessibles incluses).

Quand s’arrêter et repartir ?

Arrête-toi tard et repars tôt. C’est une règle générale pour dormir à la belle étoile. Mais dans certains endroits reculés, en particulier si tu as un vélo et un véritable matériel de camping, installer le camp avant le coucher du soleil peut être une très bonne idée, et profiter d’une matinée tranquille après s’être réveillé au plein milieu d’une forêt magnifique peut se révéler très agréable.

J’ai toujours peur que quelqu’un me voie aller là où je compte m’installer pour la nuit. Je dois avoir l’esprit tranquille pour pouvoir apprécier une nuit à la belle étoile. Je ne veux pas penser à ceux qui m’ont vu préparer mon campement et à l’éventualité qu’ils me surprennent durant la nuit. Voici quelques options si jamais un intrus hostile te surprend :

  1. Réagis de façon tranquille : une fois, j’ai été réveillé par un junkie au milieu de la nuit alors que je dormais dans le champ d’un hôtel près de New-York. J’ai réagis calmement, et lui ai dit que je pensais qu’il pourrait acheter de la drogue dans l’hôtel. Je ne me suis pas trompé.
  2. Fais le dingue : sérieusement, je pense que beaucoup de gens dans ce monde considèrent que ceux qui dorment dehors sont potentiellement cinglés. Fais-toi passer pour un fou. De toute façon, si ça fait plusieurs nuits que tu dors dehors, tu dois déjà paraître pas mal débraillé. Joues-en.
  3. Fuis : Sautes de ton sac de couchage et enfuis-toi en pyjama. Je ne pense pas que beaucoup de gens se lanceraient à la poursuite d’un nudiste dans les bois. Une fois la menace potentielle partie, tu pourras revenir et récupérer ce qui reste de tes affaires.
  4. Bats-toi : si tes intrus sont hostiles, et que tu penses qu’ils représentent un danger quoi que tu fasses, défends-toi. Je pense que tu auras plus de chance en te défendant qu’en réagissant passivement à l’agression. Si tu as trouvé un endroit bien isolé où camper, il n’y aura probablement pas grand monde pour venir t’aider, ni beaucoup de témoins. Je dors toujours avec un couteau à mes côtés, même si je pense le faire uniquement pour me rassurer : je souhaite ne jamais devoir l’utiliser. S’enfuir est généralement une meilleure option que de se battre. On ne sait jamais ce qui peut se passer pendant la nuit.
  5. Hurle : engueule ton agresseur et réagis de manière plus forte que lui.
  6. Écoute : une personne qui te réveille n’aura pas forcément de mauvaises intentions. Jauge la situation avant de décider de la marche à suivre. Les gens font encore des choses sympas dans ce monde ; peut-être qu’on s’inquiète juste que tu dormes dehors et qu’on te propose de l’aide. Ça m’est arrivé régulièrement au Japon.

Je tâche de ne pas emporter trop de choses avec moi lorsque je suis en voyage. Je n’ai qu’un sac à dos de taille moyenne, à peine plus gros qu’un sac d’écolier, et parfois un petit sac en plus. Mais j’emporte les objets suivants si jamais j’ai besoin d’installer mon camp rapidement :

-       un briquet ou des allumettes waterproof

-       un sac de couchage léger

-       une lampe frontale ou une lampe de poche

-       un couteau suisse

-       une arme quelconque

Une bâche en plastique, comme celles utilisées dans les lieux de construction, est un supplément très utile à l’équipement du voyageur. Elles sont légères, résistantes, waterproof et même, pendant les nuits froides, elles tiennent chaud. On peut utiliser ces bâches de différentes manières lorsqu’on est sur la route. Elles peuvent se métamorphoser en des tentes relativement décentes avec quelques mètres de corde, on peut les étendre sous le sac de couchage, et on peut même s’enrouler dedans pendant une tempête. De mon point de vue, la bâche est indispensable.

Cela peut sembler bizarre de ma part de suggérer d’emporter une arme, mais je ne passerais pas le porche de la maison de mes parents sans en avoir une. J’emporte un cran d’arrêt dans ma poche droite, à lame de préférence noire, un couteau de chasse sur le devant de ma ceinture (et non derrière), et j’ai parfois voyagé avec un grand bâton « de marche ». Jusqu’à présent – 8ans – je n’ai jamais eu à les utiliser. Le genre de situation où j’aurais besoin d’utiliser l’une de ces armes devra vraiment être une situation de vie ou de mort, et honnêtement, je ne sais pas si je m’en tirerais. Je devrais me trouver face à une situation vraiment extrême pour avoir à sortir mon couteau, mais je sais que si j’avais à le faire, j’aurais plutôt intérêt à le faire rapidement. Pourquoi ? Parce-que je sais que si quelqu’un est assez téméraire pour en vouloir à ma vie, il ne sera probablement pas intimidé par mon couteau de chasse de 10cm. Je suis convaincu que fuir ou se soumettre aux attaques sont souvent des meilleures options que de se battre. On m’a attaqué trois fois en huit ans – je me suis suffisamment battu pour m’en sortir deux fois, et me suis complètement soumis la troisième. Je pense avoir réagi de façon appropriée dans chacune de ces situations. Mon seul conseil est de faire confiance à ton instinct… qui est généralement  ton meilleur allié.

Dormir à la belle étoile : conclusion

Si tu voyages à vélo, à pied ou en stop, tu dois alors te préparer à dormir souvent dehors. Mais si tu voyages le plus souvent en transports en commun, de ville en ville, tu trouveras toujours une chambre (le seul problème qui subsiste est celui de son coût). En Europe et au Japon, le coût d’un endroit pas trop cher où séjourner dépassait largement mes moyens, et je cherchais un logement gratuit ou des bois presque toutes les nuits – et je planifiais en conséquence. Mais en Amérique Latine, dans le sous-continent indien, ou en Asie du Sud-Est, je crois ne jamais avoir été dans l’obligation financière de chercher un abri dehors. Je dépense généralement entre 4 et 10€ par jour pour un lit décent dans ces endroits, et je vis comme un roi – je ne dormirais dehors dans ces endroits que pour le fun et l’aventure, ou quelque chose dans ce goût là, ou bien pour rejoindre des zones vraiment reculées.

En résumé, c’est chouette de dormir à la belle étoile, ça nécessite d’éveiller tous ses sens et de suivre ses intuitions, c’est toujours excitant, et parfois même effrayant. Selon moi, cela résume parfaitement ce qu’est le voyage. Cet article n’est basé que sur ma propre expérience, la seule chose que je peux évoquer avec certitude. A prendre ou à laisser, comme toujours.

Tu peux retrouver l’article original ici.

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Vagabond Journey édition Française

Caroline Laurent a écrit 13 articles pour vous.

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